A Stef...
Un homme errait dans une rue lugubre de Nancy par un soir d'hiver. Vous savez, ces endroits qui ne sont pas visités par les touristes, ces lieux bénéficiant néanmoins de leur charme urbain, leur grisaille atténuante. Stéphane ce soir là ne possédait comme pensée qu'une musique enivrante se balançant à travers ses écouteurs, il contenait un visage fermé, un esprit vagabond justifiant peut-être ce brin de nostalgie, voire de mélancolie flairé au creux de ses yeux...
Ce n'était sans compter sur la rencontre avec Emma. Demoiselle qui malencontreusement le bouscula, épaule contre épaule...
Stéphane, désinvolte de cet affront, leva légèrement la tête et ses murmures graveleux exprimaient tout et rien : « Hein ? Quoi ? Qui est-ce qui...? ». Emma, davantage tracassée et gênée par cette secousse, rabâchait mille et une excuses envers un passant paraissant cependant indifférent. Ils jetèrent tous les deux une ½illade aspirante vers le sol afin d'observer s'ils n'avaient rien fait tombé. Puis, la nature imposa qu'ils croisèrent leur regard furtivement et c'est à partir de ce moment là que l'ensemble des bruits citadins se paralysèrent laissant place à une symphonie mêlant éclairs passionnels et violons ensorcelants.
Stéphane fut subjugué par l'élégance et l'harmonie de cette femme. Celle-ci portait de soyeux et vertueux cheveux bruns atterrissant directement à la rencontre de ses omoplates, ses yeux noisettes firent plonger ce dernier dans des lits de splendeurs auxquels il ne pouvait se détacher, sa bouche fine et agréablement dessinée demeurait insaisissable, son nez quant à lui, semblait être légèrement en trompette. Un petit détail cocasse et soigné dont Stéphane n'avait pas oublié d'ignorer. A travers ses vêtements sombres, on pouvait deviner une silhouette élancée et gracieuse n'échappant également nullement à l'attention de notre homme éberlué. Cette dernière portait par ailleurs un étui de violon qu'il était difficile d'apercevoir en raison de la luminosité affaiblie par l'hiver.
C'est au bout d'environ trente secondes d'inertie que la jeune femme prit la parole, quelque peu hésitante :
« Excusez-moi, je ne vous avais pas vu..., toutes mes excuses...
- Ce n'est rien, y'a aucun souci mademoiselle.. .» rétorqua Stéphane d'une voix à la fois martiale et moelleuse, complété d'un iris charmeur.
Les deux passants achevèrent leurs paroles là-dessus et au lieu de disparaître chacun de leur côté, ceux-ci poursuivirent leur immobilisme. Quelques secondes plus tard, ces derniers incommodés par ces arrêts répétés baissèrent leur regard en souriant. Stéphane reprit ensuite timidement quelques mots : « Musicienne ? »
Emma, béate que ce passant prônait autre chose qu'une « Bonne soirée, au revoir », sautillait dans son esprit en répondant toutefois modestement : « Oui c'est ça, je m'entraîne, ce n'est que le commencement ! », celle-ci ajouta : « Vous êtes aussi musicien ? ». A son tour, Stéphane répliqua humblement : « Oui, j'essaye aussi de toucher un peu à tout, je n'suis pas certain du résultat mais bon... ». Ce dernier achevait ses paroles d'un léger haussement d'épaules ainsi que d'une grimace défaitiste. Emma fut soudainement touchée par ce manque de confiance mais aussi par la senteur de sympathie qu'émanait Stéphane, puis celle-ci lui proposa une invitation afin qu'ils puissent poursuive cette conversation. Ainsi, la bienséance du vouvoiement s'était vite volatilisée : « Si tu veux, on peut aller chez moi boire un verre ? Ca te dit ?» questionna Emma. Notre artiste riposta immédiatement d'un sourire voluptueux, celui-ci justifié par la stupeur de cette sollicitation: « Ah ouai, bien sûr ! ».
Ils s'éclipsèrent donc l'un l'autre vers une histoire neuve, peut-être aussi paradisiaque qu'envieuse...
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Sylvain/Octobre 2007