Jeudi 3 avril 2008,
Aujourd'hui, je me suis rendu avec deux classes au sein de l'unique camp d'extermination nazi situé en France.Il s'agit du Struthof Natzweiler, implanté à la frontière des Vosges et de l'Alsace et construit en 1941.
Aujourd'hui, j'ai énormément de choses à vous dire... Besoin de recracher mon affliction et mon chagrin...
Aujourd'hui, j'ai entendu à travers le silence morbide, plus de 23 000 âmes crier. Oui, il y a eu plus de 23 000 morts...
Aujourd'hui, il y avait du soleil, mais le camp se situe en hauteur et la température demeure basse... j'avais froid, moi qui pourtant, ne suis relativement pas frileux...
Connaissant un minimum la climatologie, le Struthof possède un micro-climat et est voué à des vents difficiles (ce sont en fait des vents froids, faibles en puissance, qui sont continus et qui ne s'estompent jamais). Aujourd'hui, mon estimation par rapport à la température était d'environ 5° vers 14h, c'est à dire une période climatique assez satisfaisante en terme de degré par rapport au reste de l'année.
J'insiste là-dessus.
Pourquoi ?
Les déportés, vêtus d'uniformes dérisoires en terme de chaleur (l'équivalence d'un pyjama ou d'une chemise de nuit en épaisseur) devaient se rendre dans la cour d'appel dès 05h00...
Les retards de plus de 5 minutes entraînaient la mort. Certains déportés ne dormaient plus la nuit, peur de ne pas être arrivé à temps pour l'appel...
En hiver, les températures atteignaient en moyenne de -2° à -10° la journée et de -12 à -20° la nuit.
Imaginez...
...
...
...
A la base, en 1941, le Struthof connu des déportés "Nacht und Nebel" ou "N-N".
Il s'agissait des résistants alsaciens, mosellans et vosgiens.
En 1942 sont arrivés les juifs, les handicapés physiques et mentaux, les communistes, les réfractaires allemands, polonais, autrichiens, etc. du IIIème Reich.
L'activité essentielle qu'exerçaient les déportés du Struthof fut l'exploitation du grès rose dans les carrières vosgiennes et alsaciennes (grès ensuite utilisé pour construite un stade à Nuremberg).
Désormais, je vais vous faire part de mes ressentis plutôt que de l'historique en lui-même, mais sauf erreur de ma part, et même si personne ne me lit jusque là, je trouvais indispensable de traiter cet aspect. Du moins, rien que pour les lorrains et alsaciens qui visite ce blog...
Ma visite :
En marchant pour entrer dans le camp et ne distinguant pas encore celui-ci, je regarde autour de moi et j'aperçois des barbelés qui entourent certains arbres bien alignés. Des restes d'anciennes "barrières de barbelés" peut-être. Je poursuis mon chemin, accompagné d'élèves assez étonnants, dans le sens qu'ils se montrent globalement très respectueux malgré quelques remarques puériles et inconscientes. Mais l'arrivée soudaine de l'entrée du camp aux regards de ceux-ci changent littéralement les comportements des quelques personnages qui désirent là se charger en indifférence et impassibilité pour paraître virils.
En effet, les boiseries épaisses, entrecroisées ainsi que les barbelés mornes entrelacés ne laissent personne indifférent, puis le silence dévoile son pouvoir.
A notre gauche, peu avant l'entrée, demeure un petit talus dans lequel fut disposé par les SS les cendres des incinérés. L'atmosphère commence déjà à faire ressentir sa noirceur.
L'imposante porte passée, nous observons l'immense monument mémorial situé tout en haut du camps, construit dans les années 80-90 peut-être, je ne cherche pas vraiment à connaître non plus la date exacte de construction. Puis nous poursuivons notre chemin vers la "place d'appel", assez effrayante, notamment par la présence de la corde de pendaison et de son petit pupitre. Il y a également d'autres matériaux présentés, comme un chariot renversé avec de grosses pierres de grès rose, des grosses pinces utilisées par les SS pour déplacer les cadavres, etc. Bref, tout a un tas d'instruments ignobles.
Quelques minutes de silence s'écoulent puis nous descendons interminablement vers les deux baraquements situés tout en contrebas du camp. Sur ma route, j'observe les grandes places vides où demeuraient les "pseudos" dortoirs des déportés du camps. Ces vides manquants sont énormes et surtout nombreux. Cela me poignarde le coeur puisque je m'imagine alors qu'à ces endroits furent installés des baraquements dans lesquels au moins environ 200 à 300 personnes souffraient à l'agonie. Et nous, avec nos manteaux, nos habits chauds, nos ventres ronds et grassouillets, nous voyons ces places vides sans les regarder. Ces baraques se sont effacées artificiellement comme les personnes y demeurant auparavant...
A ce moment, je fais une pause dans ma marche, baisse les yeux... c'est dur [...]
[...] Arrivés aux deux baraquements, alors que même la pente empruntée pour s'y rendre fut longue et fatigante, (il faut préciser que les déportés affamés montaient et descendaient avec des brouettes remplis de grosses pierres de grès) nous nous arrêtons devant un immense fossé...
Un élève me questionne alors "C'est quoi ?" ...
Je sais ce que c'est mais j'ai du mal à lui répondre. Une boule au ventre, une envie de vomir et mes yeux vitreux font soudainement des siennes. Je lui montre donc d'un geste le panneau définissant cet endroit spécifique du camps. L'élève rétorque alors : " C'est quoi une fosse commune ? ".
D'une montée d'adrénaline et d'un pincement violent au coeur, je lui explique. Il est éberlué. J'aime voir cet attachement de ce jeune aux événements passés, même si je sais que cela l'affecte.
A nouveau, j'observe une pause devant cette fosse impressionnante par sa profondeur et par les plaques commémoratives qu'une grande croix porte. j m'imagine des corps entassés et des membres éparpillés...
Pour mettre fin à ces visions tortueuses, je poursuis ma visite en entrant avec quelques élèves dans le baraquement où se trouve le four crématoire. Mais cela n'arrange pas les choses, cet instrument est effrayant. Il s'agit d'un imposant four noir... une sorte de brancard est sorti de la porte du four avec des chrysanthèmes posés dessus. Il s'agit évidemment de la place où le déporté se trouvait. Mais l'épaisseur du four me laisse alors imaginer que plusieurs personnes pouvaient être mises à l'intérieur de celui-ci, surtout par leur maigreur commune. Un autre brancard sur le côté dévoile des tâches rougeâtres, anciennes, indélébiles, comme l'est ce passé dans mon coeur serré. Un silence intérieur m'atteint lorsque je lis la fin de la description du four posé devant moi : "[...] Enfin, les SS fin 43, peur de l'arrivée soudaine des alliés mais également par manque de munitions, disposaient dans ce four, les déportés morts ou vivants."
Gloups... je quitte alors cet endroit pour me diriger vers le couloir où plusieurs pièces sont voisines les unes des autres. Que m'attend-t-il ?
Je commence par la première pièce de gauche... je ne vois pas à quoi cette pièce pouvait bien servir, elle est vide. Elle a seulement la particularité de posséder un sol penché vers une petite égoutière qui elle-même se déverse dans un trou. Je me penche donc sur le panneau descriptif et je lis "Pièce à tortures. Les contestataires des ordres donnés par les SS étaient voués à d'innombrables sévices dans ce lieu... l'inclinaison du sol servant pour l'écoulement du sang vers l'extérieur du bâtiment". BON...ok.
J'avance, toujours ahuri devant l'inhumanité de ce camp. Une autre pièce, vide, je ne cherche pas à comprendre. Je regarde vers la pièce du fond...
Il s'agit de la "pièce expérimentale" où des "pseudos" docteurs allemands tentaient de guérir le typhus et autres maladies (du moins c'est ce qu'ils prétextaient) sur des déportés vivants. Un détail frappant me poignarde à nouveau là... les fissures sur cette table. Celles-ci ne semblant pas être dues à la passivité du temps...
A côté de cette pièce, à droite, se trouve deux "couchettes" en bois où semblait être disposés les futurs cobayes des bourreaux nazis (une dizaine de personnes par couchette peut-être...).
Nous ressortons de ce lieu, certains apparemment plus touchés que d'autres, un peu tous muets... et nous remontons à petits pas l'immense pente empruntée tout à l'heure. Quelques élèves ont voulus visiter l'autre baraquement... tant pis pour le décompte, moi je ne reste pas là.
Nous entrons dans le musée du Struthof où sont présentés divers choses :
création du camp, chronologie de construction, propagande SS, propagande française, lettres, croquis, dessins, bottes, martinets, revolvers, cordes, sifflet, photographies, etc. et tellement d'autres objets.
Une heure passe, la visite du musée est achevée et m'a permis d'appuyer encore davantage mon incompréhension et ma haine envers les pratiques des SS.
Nous voilà enfin dans le bus qui roule doucement, nous retournons dans notre petite vie individualiste où la solidarité et le pacifisme sont remis en cause et moi, observant ce camp de plus en plus petit à travers les vitres du bus qui s'éloigne, je pleure en fermant les yeux pour ne pas être vus des élèves...
Aujourd'hui, je me suis rendu avec deux classes au sein de l'unique camp d'extermination nazi situé en France.Il s'agit du Struthof Natzweiler, implanté à la frontière des Vosges et de l'Alsace et construit en 1941.
Aujourd'hui, j'ai énormément de choses à vous dire... Besoin de recracher mon affliction et mon chagrin...
Aujourd'hui, j'ai entendu à travers le silence morbide, plus de 23 000 âmes crier. Oui, il y a eu plus de 23 000 morts...
Aujourd'hui, il y avait du soleil, mais le camp se situe en hauteur et la température demeure basse... j'avais froid, moi qui pourtant, ne suis relativement pas frileux...
Connaissant un minimum la climatologie, le Struthof possède un micro-climat et est voué à des vents difficiles (ce sont en fait des vents froids, faibles en puissance, qui sont continus et qui ne s'estompent jamais). Aujourd'hui, mon estimation par rapport à la température était d'environ 5° vers 14h, c'est à dire une période climatique assez satisfaisante en terme de degré par rapport au reste de l'année.
J'insiste là-dessus.
Pourquoi ?
Les déportés, vêtus d'uniformes dérisoires en terme de chaleur (l'équivalence d'un pyjama ou d'une chemise de nuit en épaisseur) devaient se rendre dans la cour d'appel dès 05h00...
Les retards de plus de 5 minutes entraînaient la mort. Certains déportés ne dormaient plus la nuit, peur de ne pas être arrivé à temps pour l'appel...
En hiver, les températures atteignaient en moyenne de -2° à -10° la journée et de -12 à -20° la nuit.
Imaginez...
...
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A la base, en 1941, le Struthof connu des déportés "Nacht und Nebel" ou "N-N".
Il s'agissait des résistants alsaciens, mosellans et vosgiens.
En 1942 sont arrivés les juifs, les handicapés physiques et mentaux, les communistes, les réfractaires allemands, polonais, autrichiens, etc. du IIIème Reich.
L'activité essentielle qu'exerçaient les déportés du Struthof fut l'exploitation du grès rose dans les carrières vosgiennes et alsaciennes (grès ensuite utilisé pour construite un stade à Nuremberg).
Désormais, je vais vous faire part de mes ressentis plutôt que de l'historique en lui-même, mais sauf erreur de ma part, et même si personne ne me lit jusque là, je trouvais indispensable de traiter cet aspect. Du moins, rien que pour les lorrains et alsaciens qui visite ce blog...
Ma visite :
En marchant pour entrer dans le camp et ne distinguant pas encore celui-ci, je regarde autour de moi et j'aperçois des barbelés qui entourent certains arbres bien alignés. Des restes d'anciennes "barrières de barbelés" peut-être. Je poursuis mon chemin, accompagné d'élèves assez étonnants, dans le sens qu'ils se montrent globalement très respectueux malgré quelques remarques puériles et inconscientes. Mais l'arrivée soudaine de l'entrée du camp aux regards de ceux-ci changent littéralement les comportements des quelques personnages qui désirent là se charger en indifférence et impassibilité pour paraître virils.
En effet, les boiseries épaisses, entrecroisées ainsi que les barbelés mornes entrelacés ne laissent personne indifférent, puis le silence dévoile son pouvoir.
A notre gauche, peu avant l'entrée, demeure un petit talus dans lequel fut disposé par les SS les cendres des incinérés. L'atmosphère commence déjà à faire ressentir sa noirceur.
L'imposante porte passée, nous observons l'immense monument mémorial situé tout en haut du camps, construit dans les années 80-90 peut-être, je ne cherche pas vraiment à connaître non plus la date exacte de construction. Puis nous poursuivons notre chemin vers la "place d'appel", assez effrayante, notamment par la présence de la corde de pendaison et de son petit pupitre. Il y a également d'autres matériaux présentés, comme un chariot renversé avec de grosses pierres de grès rose, des grosses pinces utilisées par les SS pour déplacer les cadavres, etc. Bref, tout a un tas d'instruments ignobles.
Quelques minutes de silence s'écoulent puis nous descendons interminablement vers les deux baraquements situés tout en contrebas du camp. Sur ma route, j'observe les grandes places vides où demeuraient les "pseudos" dortoirs des déportés du camps. Ces vides manquants sont énormes et surtout nombreux. Cela me poignarde le coeur puisque je m'imagine alors qu'à ces endroits furent installés des baraquements dans lesquels au moins environ 200 à 300 personnes souffraient à l'agonie. Et nous, avec nos manteaux, nos habits chauds, nos ventres ronds et grassouillets, nous voyons ces places vides sans les regarder. Ces baraques se sont effacées artificiellement comme les personnes y demeurant auparavant...
A ce moment, je fais une pause dans ma marche, baisse les yeux... c'est dur [...]
[...] Arrivés aux deux baraquements, alors que même la pente empruntée pour s'y rendre fut longue et fatigante, (il faut préciser que les déportés affamés montaient et descendaient avec des brouettes remplis de grosses pierres de grès) nous nous arrêtons devant un immense fossé...
Un élève me questionne alors "C'est quoi ?" ...
Je sais ce que c'est mais j'ai du mal à lui répondre. Une boule au ventre, une envie de vomir et mes yeux vitreux font soudainement des siennes. Je lui montre donc d'un geste le panneau définissant cet endroit spécifique du camps. L'élève rétorque alors : " C'est quoi une fosse commune ? ".
D'une montée d'adrénaline et d'un pincement violent au coeur, je lui explique. Il est éberlué. J'aime voir cet attachement de ce jeune aux événements passés, même si je sais que cela l'affecte.
A nouveau, j'observe une pause devant cette fosse impressionnante par sa profondeur et par les plaques commémoratives qu'une grande croix porte. j m'imagine des corps entassés et des membres éparpillés...
Pour mettre fin à ces visions tortueuses, je poursuis ma visite en entrant avec quelques élèves dans le baraquement où se trouve le four crématoire. Mais cela n'arrange pas les choses, cet instrument est effrayant. Il s'agit d'un imposant four noir... une sorte de brancard est sorti de la porte du four avec des chrysanthèmes posés dessus. Il s'agit évidemment de la place où le déporté se trouvait. Mais l'épaisseur du four me laisse alors imaginer que plusieurs personnes pouvaient être mises à l'intérieur de celui-ci, surtout par leur maigreur commune. Un autre brancard sur le côté dévoile des tâches rougeâtres, anciennes, indélébiles, comme l'est ce passé dans mon coeur serré. Un silence intérieur m'atteint lorsque je lis la fin de la description du four posé devant moi : "[...] Enfin, les SS fin 43, peur de l'arrivée soudaine des alliés mais également par manque de munitions, disposaient dans ce four, les déportés morts ou vivants."
Gloups... je quitte alors cet endroit pour me diriger vers le couloir où plusieurs pièces sont voisines les unes des autres. Que m'attend-t-il ?
Je commence par la première pièce de gauche... je ne vois pas à quoi cette pièce pouvait bien servir, elle est vide. Elle a seulement la particularité de posséder un sol penché vers une petite égoutière qui elle-même se déverse dans un trou. Je me penche donc sur le panneau descriptif et je lis "Pièce à tortures. Les contestataires des ordres donnés par les SS étaient voués à d'innombrables sévices dans ce lieu... l'inclinaison du sol servant pour l'écoulement du sang vers l'extérieur du bâtiment". BON...ok.
J'avance, toujours ahuri devant l'inhumanité de ce camp. Une autre pièce, vide, je ne cherche pas à comprendre. Je regarde vers la pièce du fond...
Il s'agit de la "pièce expérimentale" où des "pseudos" docteurs allemands tentaient de guérir le typhus et autres maladies (du moins c'est ce qu'ils prétextaient) sur des déportés vivants. Un détail frappant me poignarde à nouveau là... les fissures sur cette table. Celles-ci ne semblant pas être dues à la passivité du temps...
A côté de cette pièce, à droite, se trouve deux "couchettes" en bois où semblait être disposés les futurs cobayes des bourreaux nazis (une dizaine de personnes par couchette peut-être...).
Nous ressortons de ce lieu, certains apparemment plus touchés que d'autres, un peu tous muets... et nous remontons à petits pas l'immense pente empruntée tout à l'heure. Quelques élèves ont voulus visiter l'autre baraquement... tant pis pour le décompte, moi je ne reste pas là.
Nous entrons dans le musée du Struthof où sont présentés divers choses :
création du camp, chronologie de construction, propagande SS, propagande française, lettres, croquis, dessins, bottes, martinets, revolvers, cordes, sifflet, photographies, etc. et tellement d'autres objets.
Une heure passe, la visite du musée est achevée et m'a permis d'appuyer encore davantage mon incompréhension et ma haine envers les pratiques des SS.
Nous voilà enfin dans le bus qui roule doucement, nous retournons dans notre petite vie individualiste où la solidarité et le pacifisme sont remis en cause et moi, observant ce camp de plus en plus petit à travers les vitres du bus qui s'éloigne, je pleure en fermant les yeux pour ne pas être vus des élèves...
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Avril 2008/Sylvain
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